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POINTS DE VUE
08.02.2013
Pourquoi je ne traduis pas vers le portugais européen
Le « brésilien » n'existe pas en tant que langue. Au Brésil, c'est bel et bien le portugais que l'on parle.
Les raisons sont historiques : le Brésil a été découvert en l'année 1500 par le Portugal, dont il a été une colonie pendant plus de trois siècles.

Séparées par un immense océan, les deux langues ont évolué localement de façon distincte. Au Portugal, bien que fidèle à ses origines, la langue s'est enrichie de nombreux apports venant de France et d'Espagne. Au Brésil, à l'image de ses citoyens, la langue s'est laissée métisser et a bénéficié de l'influence, entre autres, des indiens autochtones, des esclaves africains, des pays voisins de l'Amérique du Sud et des États-Unis.

Qu'en est-il aujourd'hui ?
Des deux côtés de l'Atlantique, c'est toujours le portugais que l'on parle, au Brésil comme au Portugal. Les ressortissants des deux pays se comprennent à l'écrit comme à l'oral. Mais les similitudes s'arrêtent là. Et les différences sont nombreuses.

À l'oral, même ceux qui ne comprennent pas la langue se rendent compte que le portugais brésilien et le portugais ibérique ont chacun une musique qui leur est propre.

À l'écrit, les différences sont perceptibles dès les premières lignes. Elles se manifestent à tous les niveaux de la langue : le lexique, l'orthographe, la grammaire, la syntaxe. Un Brésilien aura beau passer le correcteur orthographique portugais en croyant pouvoir ainsi adapter son texte à un lectorat lusitain, quelque chose chantera faux. Il s'efforcera d'éliminer tous les mots inconnus ou méconnus au Portugal, son texte aura toujours l'accent brésilien. Le résultat serait évidemment le même si un Portugais essayait d'écrire pour le public brésilien.

J'ai quelques collègues traducteurs qui travaillent indifféremment vers les deux variantes linguistiques. Certains d'entre eux sont très compétents – mais, selon moi, même les meilleurs d'entre eux sont plus efficaces lorsqu'ils traduisent pour leur pays d'origine.

Quant à moi, j'ai fait le choix de traduire uniquement vers le portugais du Brésil. D'abord, parce que je considère que c'est la seule variante que je domine parfaitement. Pour écrire un texte qui sonne naturel aux oreilles d'un lecteur il faut que la langue soit profondément ancrée chez celui qui écrit ; il faut l'avoir vécu de l'intérieur, au quotidien, pendant des années. J'ai eu l'immense plaisir d'aller au Portugal plusieurs fois, en vacances ou pour mon travail, mais je n'y suis jamais restée plus d'une dizaine de jours. C'est loin d'être suffisant. Les notes musicales du portugais ibérique ne résonnent pas en moi.
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